Si vous aimez les classifications bien précises, vous risquez la déception avec Kenna qui balade son mètre quatre-vingt-cinq entre influences pop, électro et hip-hop ! Texte Marc Elbichon
Kenna n’aime pas les classifications. Ou plutôt si, celles qu’on invente spécialement pour lui. Le terme « hip-pop » lui plaît bien : des lyrics bien sentis et un groove d’enfer, assurés par une production des Neptunes, aka le duo gagnant formé par Chad Hugo et Pharrel Williams. Ces deux-là sont les potes d’enfance de ce natif d’Addis Abeba, exilé très jeune à Los Angeles. Ils lui ont donc fait un album sur mesure et un tube annoncé « Say Goodbye To Love ». Le chanteur est dans la hype et il le sait.
Il a les copains que tous les musiciens rêveraient d’avoir et des copines… heu comment dire ? Sa meilleure amie s’appelle Daria Werbowy, mannequin et égérie des parfums Lancôme : chacun de ses sourires vaut des millions et toi, tu te damnerais pour la rencontrer. Pour lui « elle est tellement gentille. Tu sais que c’est un cœur ? Lorsqu’elle était jeune, elle apprenait la voile aux enfants au Canada. On fait souvent du snowboard ensemble ». Une autre bonne raison de se mettre au snow…
J’ai lu sur ton site internet que tu avais refusé de fêter ton anniversaire parce que tu étais contre l’âgisme ? Qu’est-ce que cela signifie ?
Si tu es une personne vraie, tu n’en as rien à foutre de l’âge. Les gens n’ont même pas à savoir ton âge. S’ils veulent le savoir, c’est juste pour juger dans quelle catégorie ils vont te placer, pour savoir dans quelle catégorie tu seras pertinent ou non. C’est stupide. Alors je dis que je ne sais pas. D’ailleurs, je ne le sais pas vraiment : paraît-il que j’ai eu 30 ans… peut-être. Je ne vis pas en faisant des bilans de ma vie. Je vis en allant constamment de l’avant. Je construis des choses bien, en me disant que je veux être meilleur que je ne l’étais hier. Mais penser à ce que j’ai fait, ce que j’aurais dû faire ou même ce qu’il se serait passé si j’avais fait ci ou ça, ça ne m’arrive jamais. Cela ne sert à rien. Je suis très content de ce que j’ai fait de mon temps pour le moment : j’ai voyagé, rencontré des gens fabuleux… Et c’est juste le début !
Tu as shooté la vidéo de Say Goodbye to Love à Los Angeles. Pourquoi ?
Parce que c’est la ville au monde qui me rappelle le plus le lycée. La ville est divisée en sectes, en groupes de pensée… Là-bas, tout le monde cherche à être populaire toute sa vie, comme au lycée. La politique et les conversations ne servent à rien. Tout est très futile. Et en même temps, c’est là où les gens les plus créatifs de l’univers vivent. J’aime cette ville parce que c’est un conglomérat de toutes les humanités, en culture dans une sorte d’irréalité. C’est “un jour sans fin” tous les jours : il fait beau, les gens sont beaux et ils vivent dans le rêve. Quel meilleur endroit pour montrer que si je m’introduis dans tous les mondes, il n’y en a aucun auquel j’appartiens ? Je m’échappe pour construire le mien.
Tu appartiens quand même à la bande des Neptunes : Pharrel Williams et Chad Hugo sont tes producteurs et amis…
La bande des gars cool, mais un peu prétentieux…Je ne suis pas comme eux. C’est pourquoi ils m’ont signé. Nous sommes très copains : nous étions à l’école ensemble, mais je faisais ma musique avant de les rencontrer. Chad est quelqu’un de très discret : il s’occupe de sa famille et il fait de la musique pour tous les genres d’artiste… Il est partout mais tu ne le verras jamais. Il n’appartient à personne non plus.
Le titre de ton album Make Sure They See My Face (faites en sorte qu’ils voient ma tête) est un peu bizarre…
Prétentieux, tu veux dire ?
(rires) Ça ne l’est pas. D’ailleurs, tu constates qu’on ne voit jamais ma tête sur le livret de l’album. C’est une manière de dire « regarde-moi », c’est la demande de tous les artistes. Même si dans toute ma carrière, je n’ai jamais demandé à ce qu’on m’observe. Au contraire. Et puis, Pharrell m’a dit cette phrase « Make sure they see your face » et ça a été le déclic pour l’écriture : toutes mes chansons sont une occasion pour les gens de regarder qui je suis vraiment, à l’intérieur.
Je ne savais pas que tu faisais du snowboard.
J’adore ça. J’en fais souvent au Canada avec ma copine Daria… J’ai aussi beaucoup de copains snowboardeurs professionnels.
J’ai surnommé ta musique du « hip-pop », de la pop mélangée à du hip-hop…
J’adore ! Tu es la première personne en Europe à ne pas m’avoir demandé de la définir ! C’est de la pop, entendue comme populaire, avec des chansons que tu retiens. Mais la trame musicale est hip-hop parce que le message immédiat est « je veux que tu te bouges »… et que tu te sentes bien.