En 2009, Pancho Sullivan ne rempilera pas pour une nouvelle saison sur le circuit WCT. Pourquoi ? Quelle direction prendra alors la carrière de l'Hawaiien à la puissance de surf dévastatrice ? Rencontre avec un surfer au parcours original. Texte Momal Z.
Le parcours de Pancho Sullivan dans le monde du surf professionnel est plutôt singulier. Après avoir baroudé en tant que free surfer pendant plus de dix ans grâce au “programme” Search créé par Rip Curl, son sponsor majeur, le surfer hawaiien s'est qualifié sur le WCT en 2005, sans spécialement chercher à faire partie de l'élite du top 45. Pancho a ainsi entamé une carrière de compétiteur à 32 ans, à l'âge où la plupart des surfers commencent à envisager de se retirer de la caravane du Dream Tour. Dans les années 90, alors que tout le monde tentait de se qualifier sur le nouveau circuit WCT, il préférait parcourir la planète et passer le plus clair de son temps blotti à l'intérieur des tubes d'Indonésie, de Tahiti, d'Hossegor ou d'Australie. Il balançait alors ses gros “wacks” tandis que beaucoup de ses amis enfilaient un jersey de compétition et enchaînaient les séries à la recherche de précieux points pour la gloire. Pancho, sa gloire, il la recherchait sur les plus belles vagues de la planète. Il est ainsi devenu l'un des rares free surfers pro à pouvoir gagner sa vie loin des compétitions. Aujourd'hui, après trois années passées sur le tour et une place de 7e en 2007, son meilleur classement, Pancho Sullivan a décidé de mettre un terme à sa carrière de compétiteur. La raison de son départ du circuit est aussi simple que louable : le jeune papa souhaite passer plus de temps avec sa petite famille et ainsi voir grandir sa fille Kirra et son fils Kanekoa.
Pancho, ta carrière pro est plutôt originale.
Tu as d'abord été un free surfer avant de te qualifier sur le Dream Tour à l'âge de 32 ans. C'est plutôt l'inverse qui se passe en général…
Oui en effet. Plus jeune je faisais beaucoup de compétitions à Hawaii avec Shane Dorian, Ross Williams et d'autres top surfers hawaiiens. Déjà, à cette époque j'avais du mal avec la logique de la compétition. Même lorsque je faisais un bon résultat, je ne trouvais pas ça très valorisant. Pour moi, gagner une compétition n'avait pas vraiment de sens… Ce qui m'intéressait était l'aspect ludique du sport, surfer avec mes amis. J'ai continué à faire les gros WQS à Hawaii mais je n'ai jamais eu l'envie de faire une carrière de compétiteur. Heureusement pour moi, j'ai eu la chance d'être enrôlé par Rip Curl pour son programme Search à l'époque.
Le Dream Tour, ça restait quand même un objectif pour toi ?
Ce n'était pas quelque chose que je voulais faire absolument, mais au fur et à mesure que ce circuit se développait avec tous ces spots magnifiques, je l'ai trouvé plus attrayant. J'imaginais ce que ça devait être de surfer un spot parfait à Tahiti avec seulement un autre gars dans ta série. C'était comme un rêve : les meilleurs surfers du monde sur les plus belles vagues du monde ! Je pense que ça a été une grosse motivation. À l'époque, j'étais marié et ma femme était enceinte. Je voulais voir à quel point je pouvais élever mon niveau. J'ai toujours rêvé de gagner une épreuve de la Triple Crown et j'obtenais régulièrement de bons résultats contre des gars comme Kelly (Slater), Andy (Irons) et Mick (Fanning)… Bref, j'avais surfé les plus belles vagues du monde avec mes héros et je savais à quel point j'étais chanceux. Mais je ne voulais pas terminer ma carrière avec le regret de n'avoir jamais tenté ma chance sur le Tour.
Tu as été un des premiers free surfers professionnels, comment cela s'est-il produit ?
J'ai grandi à Hawaii et je voyais des surfers comme Ronnie Burns ou Johnny Boy Gomes construire leur réputation sur leurs performances en free surf, je trouvais ça génial. Je me voyais déjà faire comme eux, surfer, voyager vers des destinations lointaines, découvrir des nouvelles cultures et participer à des shootings photo et vidéo… C'était pour moi plus gratifiant que n'importe quel trophée ou chèque gagnés dans une compétition. Je savais que les expériences que je tirerais de ces voyages seraient plus profondes et enrichiraient mon éducation. Alors quand Rip Curl m'a proposé une place au sein du team Search, je n'ai pas hésité une seconde, je voulais en être !
Lorsque tu étais plus jeune, le surf professionnel était-il pour toi l'unique option ?
Non, j'ai eu la chance d'être entouré de personnes qui m'ont toujours montré l'importance d'une bonne éducation. Après mon bac, j'avais l'intention d'aller à l'Université mais pendant les vacances, j'ai fait quelques compétitions où j'ai pu gagner un peu d'argent et mes sponsors ont commencé à m'envoyer en surf trips, c'est à ce moment que j'ai décidé de mettre l'école de côté pour un moment.
Tu as grandi à Kauai, une île paradisiaque. Comment c'était de grandir là-bas ?
Magnifique ! Je suis né dans une communauté hippie. C'était une population composée de gens en désaccord avec les gouvernements de l'époque à la fin de la guerre du Viet Nam. Ils protestaient contre la société de consommation et croyaient en la nature et l'amour. Ma mère est arrivée là avec mon père et ils ont décidé d'y vivre. Par la suite, ma mère a décidé de quitter le camp pour une maison en face d'un spot, je devais avoir deux ans. C'est le premier souvenir de surf que j'ai. Ma mère et moi vivions au pied des montagnes. Nous mangions des fruits et des légumes frais cueillis dans le jardin, nous pêchions, c'était une vie très saine. Nous avons bougé pour O'ahu quand j'avais 5 ans.
Les locaux de Kauai dominent les spots majeurs d'O'ahu et comptent parmi les meilleurs surfers au monde. Comment expliques-tu l'émergence de ces surfers ?
À Kauai, les surfers ne permettent pas aux photographes de prendre des photos et limitent l'accès à certains spots… un trip un peu macho. Pour pouvoir faire carrière, il a fallu qu'ils aillent montrer ce dont ils étaient capables sur le North Shore. À Kauai, il y a des vagues de classe mondiale mais les locaux les gardent jalousement. C'est un bon terrain pour progresser avec des beach breaks comparables à ceux d'Hossegor et des reef breaks comme à Tahiti. C'est un condensé de ce que l'on peut trouver sur le circuit ASP. Bruce et Andy (Irons) ont appris à surfer à Pine Trees, un beach break similaire à ceux que l'on trouve en France, ils y ont développé leur esprit de compétition.
Que penses-tu du retrait de Bruce Irons du circuit. Est-ce que tu penses que certains surfers ne peuvent pas exprimer leur véritable niveau sur le circuit ASP ?
Oui, je le pense. Bruce n'a plus autant le goût de la compétition. Je pense qu'il exprime mieux son talent dans des vagues balaises. C'est difficile de surfer à son meilleur niveau pendant longtemps, je le ressens. Cette année est la dernière pour moi. Financièrement ce serait intéressant, mais c'est un style de vie qui demande beaucoup de patience. Je comprends Bruce, il s'était qualifié dans l'espoir de proposer un surf de haut niveau mais il s'est rendu compte que ce n'était pas toujours possible. Il faut se demander quel est le meilleur chemin vers le bonheur. Je ne pourrais pas continuer à faire quelque chose qui ne me plaît pas. Bruce est un garçon très sincère et, pour lui, le circuit ASP ne montre pas vraiment qui est le meilleur surfer. On voit dans beaucoup de compétitions un surfer qui se démarque des autres mais qui va perdre en quart de finale parce qu'il n'a pas eu la bonne vague. Bruce s'est rendu compte qu'il n'avait pas besoin de faire le circuit et qu'il pouvait suivre son propre chemin.
Est-ce pour cette raison que tu as d'abord choisi une carrière de free surfer ?
Oui, je voulais surfer à mon meilleur niveau. Concernant la compétition, certains pensent que le surf ne pourra jamais s'adapter à ça car il y a un aspect créatif dans cette activité et on ne peut pas mesurer la joie que chacun tire du surf. Ce n'est pas vraiment important d'être champion du monde. Pour ma part, j'aime trop le surf et j'ai eu la chance d'en faire une carrière pro mais la compétition à plein-temps ne m'amuse plus. Ça m'empêche de voir ma famille et je ne surfe pas autant de vagues de qualité que je le voudrais.
Qu'est-ce que la compétition t'a apporté ?
Le surf de compétition m'a fait prendre conscience de l'importance de la technique, du matériel, du mental, de la condition physique, de l'entraînement, etc. Ça m'a permis de subvenir aux besoins de ma famille et de découvrir des cultures très différentes. Je n'ai jamais sous-estimé la compétition et je me suis vraiment bien amusé sur le tour. J'y ai rencontré de nombreux amis. Ça m'a permis de voir à quel point je pouvais élever mon niveau et de répondre à de nombreuses questions au sujet
de mon surf. J'ai aussi appris à contrôler mes émotions. Tu as des hauts et des bas quand tu es loin de ta famille, tu dois donc compter sur toi-même pour rester présent, positif et prêt pour chaque compétition.
Tu tires donc un trait sur ta carrière de compétiteur ?
Oui, mais je ne veux pas l'annoncer officiellement alors que je suis toujours sur le circuit. Ce n'est pas une retraite véritable, je veux juste suivre une autre voie. J'ai encore quelques années de contrat à honorer avec Rip Curl. J'aimerais faire encore quelques bons trips et surfer chez moi à Hawaii pour éventuellement gagner une Triple Crown. Ma famille est très importante pour moi et je veux voir grandir mes enfants.
Fiche technique
> Nom : Pancho Sullivan > Résidence : North Shore Oahu, Hawaii. > Spots favoris : Backdoor Pipeline, Sunset Beach, Tahiti. > Surfers favoris du moment : Kelly Slater, Mick Fanning. > Surfers favoris de tous les temps : Johnny Boy Gomes, Sunny Garcia, Mark Occhilupo. > Musique : Dizzie Gillespie, Alice In Chains, Bob Marley, Jack Johnson. J'écoute aussi de
la musique pour enfants avec mes kids, des chansons qui restent dans votre tête et vous
rendent fou… > Movies : Les comédies comme Anchorman, j'aime bien Will Ferrel et Mike Myers. > Surf movies : Searching For Tom Curren. > Le quiver de Pancho : J'emmène 8 planches de surf de 6'4“ à 7' dont beaucoup de
petites planches. J'ai quelques planches intermédiaires et un gun pour les vagues
puissantes ou grosses… > Food : La nourriture asiatique, ou pan-pacifique que nous pouvons avoir à Hawaii, le
poisson. Tout ce qui est sain et qui me donne de l'énergie. > Trick : Tube. > Plus belle réussite : Mes enfants. Quand vous en avez, vous vous rendez compte de
l'amour que vos parents ont pour vous. Je n'ai jamais aimé quelqu'un autant que mes
enfants, ils sont une inspiration. > Sponsors : Rip Curl, Smith Optics, Globe, Da Kine, Future fins, Bushman surfboards.