Voix de crooner, mélodies chaudes, le nouveau Sébastien Tellier est un disque de séducteur. Coproduit par Guy-Man des Daft Punk, il propose un virage électro surprenant. Rencontre. Texte Estelle Surbranche et Jean Perrier
Sébastien Tellier débarque au bar le Forum empreint d’une coolitude assurée, relevée par une once de nervosité : « J’adore la promo en fait, comme je gagne mon argent via les pubs ou les bandes originales et non pas sur mes ventes de disques, j’apprécie énormément de pouvoir parler de ma musique», avoue-t-il. Son disque donc. Un disque langoureux où les mélodies, parfois limite easy-listening, croisent la production électro de Guy-Manuel de Homem-Christo, soit 50 % des Daft Punk. À l’écoute, on songe à la B.O d’un film érotique, à Gainsbourg parfois, le tout dans une esthétique très 80’s. La voix, plus en avant, se fait doucereuse, chuchotant plus que chantant, et le but est clairement affiché : faire chavirer le cœur d’un max de filles. Sébastien Tellier signe un retour en grande forme et nous explique ici sa vision de l’amour, de la musique et du port de la barbe.
Dans ton nouvel album, tu incarnes le personnage de Sébastien, the love hunter…
Pour faire un nouvel album, il faut se renouveler soi-même. Généralement, ça correspond pour moi à un moment où je change de copine, d’appart… Est-ce que c’est un hasard ? Je ne sais pas. Je dois provoquer ça consciemment. Le plus dur dans la vie, c’est changer ses goûts. Mais c’est nécessaire pour un artiste de se renouveler. Je détruis donc consciemment mes goûts et ma personnalité, j’oublie ce que j’aimais pour créer un nouvel état d’esprit, changer ma perception du monde. Et comme il n’y a pas de vérité absolue, ça ne pose pas de problème. On peut changer parce qu’il n’y a pas une valeur qui est plus valable qu’une autre. Je papillonne donc entre plusieurs personnalités.
Tu as travaillé avec Guy-Manuel de Homem-Christo, moitié des Daft Punk. Comment ça s’est passé ?
On s’est beaucoup croisé : Paris est très petit lorsque tu vas dans des endroits où tu es sûr de voir des gens avec le même état d’esprit que toi. Les Daft m’avaient demandé une musique pour illustrer une partie de leur film, Electroma. Ça m’a donné confiance : je me suis dit qu’il aimait ce que je faisais et que notre collaboration allait être possible. Ensuite, tout s’est passé très naturellement. Il est venu à la maison, on a bu du champagne pendant que je lui faisais écouter les maquettes sur lesquelles je travaillais depuis un an. Et tout de suite, on a travaillé, sans se poser de questions…
En tout cas, vous avez fait chauffer les synthés…
J’ai voulu travaillé avec Guy-Man précisément pour sa science de l’électro et donc du synthé. Je voulais faire une musique de fantasme. Je ne voulais pas que les auditeurs puissent analyser l’effort derrière la musique, le musicien en train de faire son solo de batterie. Il fallait que son esprit puisse s’envoler, que des images lui viennent… que tout soit virtuel.
Et le titre de l’album, Sexuality ?
C’est la vision d’une étreinte amoureuse idéale. Je voulais expliquer au monde la conception latine du sexe, romanesque, noble. Une étreinte amoureuse faite pour séduire l’esprit. Parce que c’est pendant le sexe que tu séduis vraiment le mec – ou la fille. J’avais envie de sons moites, de chaleur dans la nuit… Avec mon disque précédent, je faisais pleurer les gens, maintenant je veux exciter mon public. Je vois le sexe comme une manière de soigner l’esprit. Après une bonne partie de baise, on a moins de problème, on relativise les choses. Les gens ont l’impression que le chemin pour atteindre le bonheur est difficile alors que le sexe est là, facile. C’est mieux que le sport ou l’art.
En tout cas, ce serait la parfaite bande-son d’un film porno !
J’espère d’ailleurs pouvoir en réaliser un, quelque chose de chic. Beaucoup de films français veulent apprendre quelque chose à leur public mais tu n’y apprends rien. Un type comme Marc Dorcel a réalisé le rêve de beaucoup d’intellectuels, intervenir concrètement dans la vie des gens puisqu’il a appris à des générations comment pouvait être le sexe. Même si c’est une certaine conception du sexe.
Est-ce que tu as remarqué que de plus en plus d’artistes ont la barbe : tu peux nous expliquer ça ?
Depuis que je suis ado, je porte la barbe parce que je fais un rejet de mon physique. Dans la glace, je n’arrive même pas à me regarder vraiment : je vois mon visage déformé. La barbe me permet de me cacher, comme des lunettes de soleil, lorsque je suis triste
ou nerveux. Et puis, je n’aime pas l’idée de me raser tous les jours, c’est aller contre sa nature. Ma vision, c’est que la femme doit être sophistiquée et l’homme au naturel. Mais je suis d’accord pour dire que ça commence à être un peu ridicule tous ces barbus (rires).