Repéré en première partie d'Alanis Morissette ou encore de James Blunt avec qui il partage une certaine mélancolie, Jason Mraz et sa voie d'ange dévoile un peu plus l'univers magique teinté de folk dans lequel il puise ses inspirations. Très proche de l'esprit d'un certain Jack Johnson, il partage aussi avec le songwritter hawaiien sa passion pour le surf. Rencontre. Interview - Estelle Surbranche
Originaire de Virginie, Jason Mraz est devenu californien d'esprit depuis son installation à San Diego en 1999. Car la ville lui a permis de faire une carrière dans la musique grâce à une scène locale très active (les bars invitent facilement les jeunes artistes à venir se produire) et lui a offert un nouveau style de vie : le surf. Grâce à ce sport, le jeune jazzman entame, en effet, un mode de vie zen et sain qui se reflète dans sa musique, cool et optimiste… et hum, disons assez similaire à celle de l'Hawaïen Jack Johnson. Les Américains accrocheront direct et son premier album est un succès, notamment avec le titre The Remedy, écrit pour un ami atteint du cancer. Mais les Français ignoraient encore Jason jusqu'ici… We Sing. We Dance. We Steal Things, son troisième album précédé par le romantique single I'm yours, devrait les faire changer d'avis !
Ton album s'intitule We Sing. We Dance. We Steal Things. Qu’as-tu volé et à qui ?
Je ne suis pas un grand voleur. Lorsque j'étais ado, j'ai piqué un tee-shirt dans un surf shop et je n'ai pas trop kiffé… d'autant plus que je me suis fait choper ! J'ai dû payer le prix double pour que le vendeur ne dise rien à mes parents (rires). Le titre, c'est plus une référence au fait que nous volons toujours des influences au passé. Nous les ré-adaptons au présent… pour essayer de faire quelque chose de mieux, en tant qu'être humain. Nous n'avons heureusement pas à payer pour toutes ces bonnes choses qui nous viennent du passé alors il faut en profiter.
Tu es un peu hippie non ?
Oui, un peu. J'essaie d'être philosophe tout du moins.
Ta musique est folk, jazzy avec des influences pop. Pas trop d'électricité…
Je suis d'abord un chanteur et c'est ma passion depuis mon plus jeune âge… Et chanter ne requiert pas d'électricité. J'ai toujours préféré les sons naturels, les chanteurs jazz. J'aime la spontanéité de ces derniers. Donc quand il a fallu faire de la musique, j'ai voulu juste accompagner la voix, plutôt que la couvrir avec des sons électriques ou électro…
Tu habites San Diego. Tu aimes surfer ?
Oui, j'adore. J'y ai déménagé il y a dix ans parce qu'il y avait une super scène acoustique dans les cafés. Je me suis senti à la maison. Le surf est venu dans ma vie il y a trois ans et j'ai tout de suite accroché. Il faut des qualités physiques, mais il y a aussi une grande place pour la méditation dans ce sport. J'ai beaucoup d'amis là-bas : on se donne rendez-vous pour surfer tous les jours vers 19 heures. Même en ce moment où je suis en tournée, je fais tout ce que je peux pour m'échapper et aller surfer deux ou trois jours. J'emporte toujours avec moi un tapis de yoga et je pratique quotidiennement. Cela entretient ma condition physique pour le surf… et je peux même imaginer que je surfe. Le yoga stimule les mêmes muscles. Sans cela, j'aurais l'impression de perdre ma condition physique. Le surf a changé ma vie car grâce à lui, je me suis concentré sur ma bonne forme physique. Ça a changé aussi mon énergie sur la scène et la manière dont je suis avec le public.
La musique et moi, nous étions des vieux copains, un peu trop familiers. Avec le surf, c'est un pan entier de ma vie que j'ai découvert. Une nouvelle aventure. Avant le surf, je fumais un paquet de clopes par jour. Pendant dix ans ! Je ne faisais jamais de sport. Le surf a changé l'heure à laquelle je me levais, ma manière de chanter car j'avais plus de souffle et évidemment, les choses que je voyais… M'immerger chaque jour dans cet océan qui pourrait prendre ta vie facilement : tu es obligé de vivre le moment présent de manière très attentive, d'en profiter. Sinon, tu te fais dérouler. Lorsque je surfe, je me fais botter le cul par l'océan au moins deux fois dans la session et j'adore…
Tu aimes bien te faire bousculer ?
(rires) Oui, j'adore me faire taper ! Dans ce monde musical, j'ai les mains d'un enfant. Tout le monde me chouchoute. L'eau me donne quelque chose dont chaque homme a besoin : une bonne claque de temps en temps. Se faire remettre à sa place !